Johary Ravaloson Madagascar (lauréat Prix du Livre Insulaire 2009) Né à Antananarivo en 1965, Johary Ravaloson se définit comme un auteur dégagé, plastikèr de paroles. Créateur du mouvement Dodo pour une esthétique du marronnage, il navigue entre les mondes en disparition, sans définition qui tue ni genre exclusif. Récompensé en août 2009 par le prix Regard poétique au Salon du livre insulaire de Ouessant pour son carnet de voyage Zafimaniry intime, il publie nouvelles et articles, mais aussi, récemment, des textes pour la jeunesseLe projet d’écriture Antananarivo ou la Ville des mille îles
« Le nom de ma ville natale signifie selon la lecture des deux mots qui le composent « Ville des mille », « Entre les mains des mille » ou encore « Les mille villages ». Antananarivo s'est bâtie sur un mont principal (imaginez un dinosaure allongé) entouré d'un chapelet d'îles au milieu de rizières et de marécages qui, au fur et à mesure de l'extension urbaine sur les escarpements, ont été remblayés. Au début du XIXème siècle, la pirogue était encore le principal moyen de communication. Les noms de certains quartiers témoignent de leur insularité ancienne : ainsi Anosy signifiant En l'île (lire anouss), mais également Anosibe, Anosizato, Anosifasika, Anosipatrana, Anosiavaratra, Anosimanjaka, Anosiparihy, etc. De façon plus générale, on se rend compte en flânant à pied que chaque ruelle d'Antananarivo, chaque escalier délimite un quartier avec ses épiceries, sa boucherie, ses marchands de fruits et légumes, sa poubelle, sa fontaine à eau et surtout avec ses habitants qui se croisent, se connaissent tous et s'interpellent… comme dans une île à l'intérieur de la ville. L'insularité malgache se vit en effet dans les mille villages composant Antananarivo, comme dans les milliers d'autres villages de cette île-continent qu'est Madagascar, plutôt que par la limite de la mer. Ce d'autant plus que nos politichiens s'acharnent à élargir les distances entre les gens, dans un monde déjà ébranlé par le surgissement de la modernité et le rapprochement de l'ailleurs. Lors de la résidence en île d'Ouessant, je souhaiterais prendre de la distance avec la ville et sa conjoncture politique déplorable (s'échapper de la tentation de croire que je peux faire quelque chose) et poursuivre en toute quiétude l'écriture de mon roman sur Antananarivo. Poser la question de l'ouverture nécessaire, confronter la volonté supposée de se reproduire à l'identique des insulaires face à la dynamique qu'induit le désir d'ailleurs, également en chacun d'eux. Narrer la ville en crise de valeurs, les dérives entre d'une part connexion frénétique avec le monde et d'autre part attachement désespéré et fallacieux au concept de terre des ancêtres, lesquelles génèrent des pratiques relevant de la prédation : exploitation, pillage et corruption. Dans l’ancien Sémaphore du Créac’h, comme lieu de veille et de vigie, je scruterai la vie et la violence qui s'en suivent comme lorsque la mer rencontre la terre. Par ailleurs, je souhaite également m’inscrire dans l'île d'Ouessant (dont j'ai déjà remarqué la problématique insulaire similaire) par diverses interventions : rencontres et lectures publiques, ateliers d'écriture, etc. Je pourrais éventuellement dans un but récréatif mais également pour mettre en question la notion de globalisation contemporaine, animer des séances avec des jeunes ou moins jeunes sur le thème de « Je suis une île … mais je me soigne ».
En résonnance Le projet d’écriture de Johary Ravaloson se conjugue également avec celui de Sophie Bazin, son épouse avec laquelle il a mené plusieurs projets associant écriture et arts plastiques (http://sophiebazin.canalblog.com).
Lors de ses précédents passages à Ouessant, Sophie Bazin a été frappée par le rapport des femmes au costume traditionnel. Porté par certaines lors du défilé qui honore le Salon du livre insulaire, caché au fond des greniers par d'autres, respecté et rejeté, le costume serait investi des mêmes ambivalences que l'ensemble de la tradition ouessantine : Volonté d'évoluer avec son temps, et difficulté à rester soi-même. Dans cette perspective, Sophie Bazin souhaite rencontrer les femmes de l'île, et suivre le fil du costume pour faire leur portrait, à travers des photographies argentiques et des enregistrements sonores.
Son travail de plasticienne est axé sur l'absence, ce qui disparaît et ce qui reste. Cette problématique est particulièrement aiguë dans les contextes insulaires. L'île d’Ouessant est aujourd'hui en mutation, et les questions qui se posent à ses habitants ne devraient pas être si différentes de celles que se posaient les habitants du pays Zafimaniry, que Sophie Bazin était allée rencontrer pour l'ouvrage Zafimaniry intime.
| Lauréat Prix du Livre insulaire 2009Contributeur Archipel des Lettresen résidence d'écrivain au sémaphore du créac'h (ouessant) d'août à novembre 2011.
La résidence d'écrivain de l'association bénéficie du soutien de la Mairie de Ouessant, du conseil général du Finistère, du Conseil régiona lde Bretagne et pour les bourses de création aux auteurs du Centre National du Livre. |